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Père Henri LITTNER
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AFFECTATIONS :
FRANCE: Œuvre d'Auteuil (42-45, directeur à Marcoussis, Verneuil, Audaux). CONGO : Pointe Noire (46-51, directeur diocésain de l'enseignement ; 51-55, St Pierre ; 55-81, St François) FRANCE : Thiais (81-94, aumônier des Annonciades) ; Chevilly (1994-2007, retraite).
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Né
à Beaucé, aux portes de Fougères, le 8 avril 1915, Léandre MICHEL est le 9ème
enfant d'une famille de 10. On est surpris d'apprendre qu'un seul de ses frères,
le 2eme, se maria et que les 9 autres consacrèrent leur vie au Seigneur, trois
frères des écoles chrétiennes, 2 spiritains,
Joseph et Léandre, trois sœurs augustines de Fougères et une bénédictine du
St Sacrement. Léandre entre au Noviciat spiritain en 1938, est ordonne prêtre
à Rennes en 1941, le 30 Juin et, comme c'est la guerre, est affecté à l’œuvre
d'Auteuil comme directeur des maisons de Marcoussis, puis de Verneuil, enfin de
Audaux.
Début 1946, il s'embarque pour le Congo et arrive à Pointe Noire le 21 Avril,
jour de Pâque. Pour la rentrée scolaire de la même année, il est nommé
directeur de l'enseignement du Diocèse , charge qu'il tiendra 5 ans donnant un
beau dynamisme à ce moyen pastoral, important à l'époque.
Il est alors affecté à la paroisse St Pierre de Pointe Noire, orientant ses
efforts sur le quartier St François ou il y a une grande école primaire et le
projet d'y construire une église pour devenir le centre d'une nouvelle
paroisse.
Effectivement, en 1953, il est nommé curé de St François et y restera
jusqu'en 1981, tout en laissant aux plus jeunes qui viendront ensuite, la
responsabilité pastorale de la paroisse. C'est pendant cette période, que
survient pour le pays, l'accession a l'indépendance, en 1960; puis en 1963 la révolution
à orientation marxiste, suivie en 1965, la nationalisation de tout
l'enseignement privé.
Cet événement va bouleverser la pastorale et amener le diocèse a repenser
toute la catéchèse des enfants hors de l'école, et aussi de trouver d'autres
chemins pour la formation chrétienne des jeunes, car les mouvements de jeunesse
furent interdits.
L'équipe pastorale de St François, dès 1965‑66, va mettre les catéchumènes
dans les quartiers, multipliant le nombre des catéchistes et les formant de façon
régulière. Et c'est autour de ces noyaux de pastorale qu'à partir de
1968,furent lancées les communautés de base dans chaque quartier ( il y en eut
21).Pour Léandre, c'était un vrai changement auquel il sut s'adapter avec
beaucoup de simplicité et de générosité. Des réunions hebdomadaires de l'équipe
avec les sœurs permettaient de partager les expériences, heureuses et
malheureuses, et de progresser dans ces nouvelles orientations. Je me souviens
personnellement des heures passées à visiter les chrétiens, quartier par
quartier, du partage dans les réunions de communauté qui duraient parfois
jusqu'à 9h.30 ou 10 h le soir, des problèmes qui se posaient soit au niveau
des enfants du catéchisme, soit des catéchistes ( nous en eûmes jusqu'à 120
pour 1000 catéchumènes) soit de la marche même des communautés. Léandre,
toujours disponible, toujours à l'écoute, participait à tout avec toute sa
patience. Ce fut un vrai pasteur qui eut beaucoup d'influence sur les jeunes,
justement grâce a sa patience et sa qualité d'écoute.
Je ne peux passer sous silence son esprit de prière, sa fidélité aux
mouvements de Légion de Marie qui faisaient un travail en profondeur sur les
quartiers. enfin, ayant expérimenté les difficultés financières d'une
paroisse à ses débuts, il mit tous ses efforts à développer une unité de
production de poules pondeuses et là aussi, la collaboration de toute l'équipe
permit à la paroisse de vivre convenablement des années durant.
Léandre est rentré en France en 1981 et fut affecté comme
aumônier des Sœurs Annonciades à Thiais où il restera 13 ans avant de venir
a Chevilly profiter d'une retraite bien méritée. Dans la ligne de son frère
Joseph, pour lequel il avait gardé une grande admiration, il voulut lui aussi
promouvoir l'intérêt des spiritains pour Claude François Poullart des Places
dont il méditait et transcrivait les textes. Cela occupait bien son temps avec
les temps prolongés de prière.
Il nous laisse le souvenir d'un confrère discret et serviable, et d'un
missionnaire entièrement donne à son ministère apostolique
Pierre DERIVE
![]()
Monseigneur Gérard de Milleville
,
Archevêque émérite de Conakry
Né le
27 mai 1912 à Londinières (76), Profès le 5 décembre
1932 à Orly, Prêtre 26 août 1939 à Langonnet, Évêque le 20 novembre
1955,
Décédé à Antony le 12 janvier 2007 âgé de 94 ans
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AFFECTATIONS : GUINÉE
: Boké (42-52) – (Mobilisé de 1943 à 1945) ;
Kataco (52-53) ; Kindia (53-55) ; Nommé vicaire apostolique de
Conakry en juin 1955 et archevêque de Con
akry du 20 novembre 1955 à 1961. Les obsèques, qui ont rassemblé un grand nombre de membres de la famille et d'amis, ont été célébrées dans la grande chapelle de la communauté, et présidées par Mgr Daniel LABILLE, Évêque de Créteil. De nombreux messages de Rome, de Guinée et de Guadeloupe ont été lus, témoignant du travail accompli par notre confrère. |
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Le Père Gérard Vieira, archiviste de la Congrégation et ancien missionnaire en Guinée a retracé la vie et l'œuvre de notre confrère :
Il
est bien difficile de raconter en quelques instants une vie aussi longue et
riche que celle de Mgr de Milleville ! Né le 27 mai 1912, dans le diocèse de
Rouen, Gérard de Milleville est Normand, comme l'étaient avant lui d'autres
spiritains illustres tels que Mgr Le Roy, le P. Briault, Mgr Lerouge, le premier
évêque de Conakry, et son successeur, Mgr Bernard. Devenue veuve, la mère de
Gérard se rapproche de Paris et le jeune Gérard fait ses études au collège
Saint Jean de Béthune à Versailles. C'est alors qu'il décide de devenir
missionnaire et il choisit la congrégation du Saint‑Esprit. A l'époque,
on commençait la formation par le noviciat, à Grignon/Orly. A la fin de son
année, Gérard de Milleville fait profession le 5 décembre 1932, à 20 ans
donc, et suit le cursus habituel des spiritains, un peu perturbé à la fin par
les menaces de guerre. Le scolasticat se réfugie à Langonnet et les
ordinations sacerdotales y sont avancées au 26 août 1939. Mobilisé pendant
quelques mois, le Père de Milleville échappe aux camps de prisonniers et peut
achever sa formation théologique à Chevilly le 6 juillet 1941. En août il est
désigné pour la Guinée, en même temps que le P. Le Mailloux, mais à cause
de la guerre et des difficultés de transport, il n'arrive à Conakry que le 23
mars 1942. Un an plus tard, presque jour pour jour, il est mobilisé à nouveau
et participe au débarquement à Saint‑Raphaël, dans le midi de la
France, remonte les Alpes et le Jura et termine la guerre en 1945 à
Baden‑Baden.
De retour en Guinée la même année, il y attend sa démobilisation,
et rejoint enfin sa mission de Boké en décembre. Son supérieur le charge spécialement
du secteur du Bagataï, le pays Baga, sur la côte, autour de Kataco. L'évangélisation
y progresse suffisamment pour qu'une nouvelle mission y soit créée en 1951 et,
tout naturellement, le P. de Milleville en devient le premier supérieur. Mais
bien vite, en 1953, il est choisi comme supérieur religieux du district
spiritain de Guinée et s'installe donc à Kindia, plus central. Il aime ce rôle
de contact et de soutien de ses confrères. Son plaisir, à cette époque‑là,
c'est de s'arrêter un moment pendant ses tournées et de prendre un bain dans
une rivière et elles sont nombreuses en Guinée ! Il aura toujours besoin de se
dépenser physiquement.
Sa fonction sera de courte durée car, en ce temps‑là,
on choisissait volontiers les supérieurs religieux pour en faire des vicaires
apostoliques. Effectivement, le P. de Milleville est sollicité pour succéder
à Mgr Bernard désigné pour Brazzaville. A cette annonce, il écrit au supérieur
général : « Vraiment, je ne me vois pas évêque. Si telle est le volonté du Bon Dieu et de
mes supérieurs, je m'en voudrais de faire des difficultés, mais je me sens
plus apte à faire un Frère coadjuteur » ! Nommé Vicaire apostolique de
Guinée le 8 mai 1955, évêque de Dalisande, un évêché fictif en Pamphylie,
il est ordonné en fait comme premier archevêque de Conakry, le 20 novembre
1955, car, entre temps, le pape Pie XII avait décidé la transformation des
vicariats apostoliques en diocèses et archidiocèses. C'était l'établissement
d'une hiérarchie locale en Afrique. Mgr Bernard n'avait passé que quatre ans
en Guinée, mais il avait transformé le visage de son Eglise. Mgr de Milleville
n'aura qu'à marcher dans les mêmes sillons, en poussant le développement des
écoles et la promotion de l'Action catholique.
1958 : le Guinée prend son indépendance. Avec les deux
autres responsables de diocèses, Mgr de Milleville adresse une lettre au Président
Sékou Touré pour dire que l'Eglise n'est pas liée à une puissance coloniale
: elle est prête à travailler avec n'importe quel régime, pourvu que soient
respectés les droits inscrits dans la Constitution. En fait, la situation va se
dégrader rapidement, à cause de l'isolement de la Guinée, à cause surtout de
l'idéologie de son Chef En 1959, les émissions religieuses à la radio et les
mouvements d'Action catholique sont supprimés, autrement dit tout ce qui
pourrait former les esprits dans un sens différent de celui du Parti unique. A
partir de 1960, les écoles privées sont nationalisées, d'une façon larvée
d'abord, puis officiellement à partir du 1" septembre 1961. Mais dans la
foulée de cette annonce, le Président réclame une Eglise nationale, indépendante
donc de l'étranger. C'est, à tort ou à raison, le spectre de la Chine qui
s'impose aux évêques, avec la perspective d'une Eglise au service du Parti.
Mgr de Milleville envoie une lettre de protestation et la fait lire dans toutes
les paroisses et missions le dimanche 20 août 1961. Sékou Touré lui donne
alors 24 heures pour se dédire, sous peine d'expulsion. Impossible de
rencontrer le Président et les interventions des abbés Guinéens ne servent à
rien. Le 26 août, jour anniversaire de son ordination sacerdotale, Mgr de
Milleville est conduit à l'aéroport par la police et expulsé vers le Sénégal,
non sans que sa valise n'ait été soigneusement fouillée. Reçu à Dakar par
le Nonce et l'archevêque Mgr Thiandoum, Mgr de Milleville fait paraître une déclaration
dans les journaux : « J'ai honte pour
la Guinée... » Il se rend alors à Rome en prenant bien soin de ne
pas passer par Paris : il s'agissait d'un problème religieux et non politique.
Au Vatican, il obtient les fonds nécessaires pour combler le déficit des écoles
et prépare sa succession en donnant sa démission d'archevêque de Conakry le
10 mars 1962. Il se met alors à la disposition des supérieurs en attendant le
commencement du Concile Vatican Il. Après la .première session, au début de
1963, Mgr Lefebvre devenu supérieur général, lui propose d'aller prospecter
l'Amérique Latine car un certain nombre d'évêques avaient demandé l'aide de
la congrégation. Mgr Hascher, l'évêque spiritain de Cruzeiro do Sul, organise
son voyage et Mgr de Milleville peut ainsi visiter le Brésil, en particulier
l'Amazonie et le Nord‑Est. A la deuxième session du Concile, Mgr de
Milleville
rencontre à nouveau Mgr Delgado, l'évêque de Fortaleza qui l'invite a venir
travailler chez lui. Il lui confiera l'animation des communautés religieuses,
Le concile se termine en fin 1965. Mgr de Milleville commence par apprendre le
portugais et, en1967, il rejoint Fortaleza: il s'occupe alors des « Joséphines
», une congrégation locale, mais surtout des Carmélites.
En
1968 arrive la deuxième grande épreuve de sa vie : une lettre de Rome lui
demande d'accepter l'administration du diocèse de Guadeloupe. La période est
difficile, politiquement et religieusement. C'est un moment de troubles, à
tendances indépendantistes. Le clergé local est plus ou moins de concert avec
ce mouvement. Mgr Gay, malade, s'est retiré et il a fait entendre qu'un
Antillais le remplacerait. La première réponse de Mgr de Milleville est un
refus : il garde le souvenir des événements de Guinée et, d'un autre côté,
il commence à se faire à son travail auprès des religieuses. Mais sur les
instances du Vatican et de la nonciature d'Haïti (dont dépendait alors la
Guadeloupe), il accepte finalement de rendre ce service. Il est nommé
administrateur le 29 janvier 1968. Sa préoccupation première est de prendre
contact avec tous les milieux, spécialement avec le clergé local. Et dès le
19 juillet 1968, il obtient de Rome la nomination de l'abbé Oualli comme évêque
de Basse Terre et Pointe à Pitre. Mais cette nomination ne paraîtra en réalité
que le 1" août 1971, deux ans plus tard.
Que s'est‑il passé ? Peu à peu, Mgr de Milleville découvre
la cause du retard. L'affaire s'est traitée avec la nonciature d'Haïti, non
celle de Paris, et le gouvernement français se plaint d'avoir été tenu à l'écart.
Surtout, le Préfet de Guadeloupe s'oppose violemment à cette nomination. Pour
lui, l'abbé Oualli est un nationaliste dangereux ! Mgr de Milleville passera
donc deux ans en tractations avec Rome, Paris, Haïti, faisant face aux soupçons
: on l'accuse de retarder ce projet, ce qui est vraiment bien loin de sa pensée.
Ce délai servira à Mgr de Milleville à confier davantage de responsabilités
aux prêtres de Guadeloupe, au risque de ne pas toujours être compris dans
d'autres milieux, y compris spiritains. Ce séjour en Guadeloupe est le seul
moment de sa vie où Mgr de Milleville a connu la tentation du découragement.
En 1971, il peut donc retrouver ses religieuses de Fortaleza.
En fait, son rayon d'action dépasse le diocèse. Il visite les carmels
d'Espagne pour s'imprégner davantage de l'esprit de Ste Thérèse d'Avila. Il
est en lien avec le Carmel de Lisieux, dans sa Normandie, mais aussi avec les
Carmels d'autres diocèses, même en Bolivie. Son travail est certainement très
apprécié à en juger par le nombre de lettres de religieuses, Carmélites
surtout, qu'il recevra après son retour en France. En 1977, craignant de
devenir plus tard une charge, il propose de rentrer en Europe mais le Cardinal
Lorscheider (nommé entre temps responsable du diocèse) lui demande de
prolonger son séjour trois ans encore. Arrivé en conge en 1980, Mgr de
Milleville se met à la disposition du supérieur provincial de France. Il a 68
ans et se sent assez fort pour prendre en charge une aumônerie. On lui propose
alors celle des spiritaines de Nogent sur Marne. A côté de leur maison de
retraite, il trouvera un autre Carmel... E même temps, il reste en lien avec la
pastorale^paroissiale et diocésaine.
Enfin, en 1993, le 1er octobre, Mgr de Milleville rejoint la
communauté de Chevilly pour sa propre retraite. Il en profite pour mettre en
ordre ses notes sur le Brésil et la Guadeloupe. Il passe de la chapelle à la
salle de lecture, aime méditer sur les icônes, rend de multiples petits
services, par exemple distribuer le linge aux confrères malades.. Mais chaque jour, il n'oublie
pas de faire le tour du parc, même en fauteuil roulant, après ses nombreuses
opérations. Il aime aussi rejoindre le personnel de la maison à la
pause‑café de 10 heures. Le 13 novembre 2005, la communauté de Chevilly
fête dans la joie ses cinquante années d'épiscopat. Mgr Robert Sarah, secrétaire
de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, vient exprès de Rome
pour présider la célébration. Mgr de Milleville l'avait connu petit séminariste
en Guinée...
Simplicité, service, sourire, il me semble que ces trois
mots décrivent la vie de Mgr de Milleville. Pour lui, ce ne sont pas des mots
mais une réalité vécue quotidiennement. Dieu aime ceux et celles qui gardent
un cœur d'enfant !
Père Gérard Vieira
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Quand
Ste Thérèse de l'enfant Jésus meurt, une Sœur de sa communauté s'est demandé
ce qu'on pourra bien dire plus tard de cette Soeur si vite partie, et dont le
passage au monastère a si peu marqué celles avec lesquelles elle a vécu.
Certains
pourraient penser la même chose de notre Frère Michel parti le 25 septembre
dernier. Il est vrai en effet que Michel avait un mode de vie un peu
particulier. Il était souvent dans sa chambre. Et de là à dire que son
univers se bornait aux timbres qu'il collectait et triait avec soin, il n'y a
qu'un pas ! Quand je suis arrivé à Chevilly pour y faire ma théologie en
1971, le Frère Michel était déjà là. Et quand je l'ai retrouvé en 1997,
j'ai eu alors l'impression de le retrouver comme je l'avais quitté 23 ans plus
tôt, Cependant à y regarder de plus près, Michel a eu une vie moins linéaire
qu'on ne le pense : elle fut parsemée de bons moments durant lesquels il a pu
se donner avec toute sa générosité. Il a eu aussi son lot de souffrances
souvent lancinantes et peu perceptibles aux confrères distraits ou peu au fait
de son parcours.
Michel
est né en Franche Comté, à Sancey dans le Doubs, au pays de Ste Jeanne Antide
Tourey, fondatrice des Soeurs de la Charité de Besançon. Sancey, un pays où
les traditions chrétiennes étaient fortes en 1927, et où elles le demeurent
encore aujourd'hui. Les familles, nombreuses dans la plupart des cas, donnaient
volontiers un ou plusieurs de leurs enfants à l'Eglise. Des jeunes gens de son
âge sont allés aux Missions Etrangères de Paris ou vers la société des
Missions Africaines de Lyon. Michel, lui, sera missionnaire et religieux tout à
la fois. Il est vrai que Laviron, pays d'origine de Mgr Cucherousset, n'est pas
loin.
D'origine
paysanne, habitué dès son enfance à la rudesse du climat, et au dur travail
que demande la terre avant de donner sa récolte il gardera toute sa vie une
attache forte à son pays d'origine, même si dès son enfance, une santé
fragile limitera ses possibilités d'action. Il passe trois ans à Allex et
choisit d’être Frère.
Michel
fait profession le 8 décembre 1945 à Chevilly sous le ‑nom d'Antide, nom
d'un saint évêque de Besançon et à la mémoire de Ste Jeanne Antide Touret.
Après son service militaire nous
sommes en 1950, / il reçoit son obédience pour l'Oubangui Chari. Il y passera
six ans. Il est d'abord affecté à Bangassou dans l'est du pays. Puis, assez
rapidement, il viendra à Bangui. Il apprend le dur métier de la fabrication et
de la cuisson artisanale de ces milliers de briques nécessaires à la
construction d'églises, de presbytères, de maisons des Sœurs, de
dispensaires, d'écoles, de magasins etc. A cette époque, s'ouvrent en effet de
nombreux postes de mission. En même temps qu'il mène son travail, il découvre
le pays / et les us et coutumes des gens qui l'entourent, comme leur langue. Il
lui arrivera d'expliquer à ses parents ce que font les « molenge » quand ils
sont en vacances. Je ne sais pas si à la réception de la lettre, ils ont bien
compris a quoi il faisait allusion. Michel se montre curieux de tout: il découvre
et s'étonne. Mais il ne juge pas. Il accueille avec joie ce monde nouveau qui
est présentement le sien. Il mène son travail de surveillance avec des
ouvriers sur lesquels il porte un regard de bienveillance. Michel est à Bangui
quand arrive un autre spiritain franc comtois, le Père Michel Maître,
originaire lui aussi du Doubs.
Mais
au bout de six ans, il revient en France pour ne plus jamais repartir. Sujet à
la filariose et certainement au paludisme, les fièvres répétées provoquent
chez lui des crises et lui détraquent les nerfs. Suit alors une période de dix
ans durant laquelle sa disponibilité le conduira de la maison mère à la rue
des Pyrénées, en passant par Marseille, Chevilly, Wolxheim, Piré, Lagonnet,
et Saverne.
En
1967, ses ennuis de santé persistent, il faut lui enlever un rein. A partir de
ce moment , là, il ne se sentira plus tout à fait comme avant. Il se sent
souvent fatigué et facilement nerveux pour ne pas dire irritable. Seul un repos
prolongé en vient à bout. Ce que la plupart d'entre nous était loin de soupçonner.
Certains lui font remarquer qu'il a bonne mine ! Mais ce n'est qu'apparence.
Il arrive convalescent à Chevilly en 1968. Il y restera. Il va alors consacrer aux timbres le peu de force qui lui reste. Il les collecte, les trie et les écoule. Le fruit des bénéfices sera mis à disposition. Ce sera sa manière de servir, d'être missionnaire et de soutenir les projets de ses confrères sur le terrain. Mort dans la discrétion comme il avait vécu, quel message d'espérance nous laisse‑t‑il ? Michel n'était pas l'homme des confidences. En vrai franc‑comtois, il parle peu de ce qui le fait vivre en profondeur, ni de Celui qui motive ces choix. Il n'en est pas moins attaché à son Seigneur et soucieux de faire sa volonté. Dans le courrier adressé a ses supérieurs, il n'a pas peur de leur dire ses préférences. Mais il le fait avec le souci de rester disponible et de ne pas leur créer de soucis supplémentaires. Dans les moments les plus durs, il va jusqu'à leur dire que sa foi en est ébranlée. Il avait une vraie dévotion à Marie : je l'ai croisé à plusieurs reprises en train de dire son chapelet. surpris, il esquivait un petit sourire qui pouvait en dire long. Michel avait la volonté, me semble‑t‑il, de mener sa vie religieuse au mieux de ses limites et de donner sa vie pour ses frères à la manière du Christ, à la manière spiritaine. Il aura la délicatesse d'écrire un billet de remerciement à lire après sa mort à l'endroit des chirurgiens, docteurs, Religieuses, et responsables de nos assurances ; le 2 ème paragraphe de ce billet est une demande de pardon pour ses défauts de caractère et ses sautes d'humeur : dans un dernier geste de solidarité avec l’humanité souffrante, il laisse son corps à la disposition de la science médicale et de la recherche. Michel est passé de notre monde à celui de Dieu, là où il n'y a ni retraite forcée, ni maladie incurable, ni fatigue, ni saute d'humeur. Merci Seigneur de nous avoir donné Michel comme confrère, pour sa manière si discrète d'être spiritain et de vivre sa vie religieuse et communautaire parmi nous.
Gabriel Myotte Duquet
Voici l'article que lui a consacré le journal de sa région d'origine :
C'est.
avec émotion et tristesse que ses, proches ont appris le décès de Michel
Jacquet, frère Antide, a la Congrégation des frères du Saint Esprit a Chevilly-Larue
(Val de Marne.
Michel est né le 18 avril 1927 au foyer d'Alphonsine et Félix Jaçquet,
agriculteurs a la ferme de Teigne a Sancey‑le-Grand. Il était le dernier
d'une famille qui comptait cinq enfants : trois garçons et deux filles. L’une
était entrée dans les ordres, Sœur Théophane, décédée il y a quelques.
années. Très jeune, Michel, manifestait un grand intérêt pour le peuple
africain. A l’age de I1 ans, il entre au séminaire d'Allex (26), soutenu dans
sa démarche de vocation par le père Cucherousset un prêtre très connu a
cette époque. A 18 ans, il prononce ses vœux à Chevilly. En 1949, âgé de 22
ans, il part en mission a Bangui et
réalise le rêve qu'il éprouvait depuis son jeune age. Il secondera les pères
missionnaires dans leurs activités et soutiendra la population – Sept ans plus tard, il revient en France et devra renoncer à sa
mission en Afrique, sa santé devenant
fragile. Michel sera affecté successivement dans différents séminaires : en
Alsace, dans le Midi, à Paris; Il exercera différentes activités : il sera
cordonnier, cuisinier, portier. Il sera au service des différentes collectivités
et travaillera pour le bien de tous avec dévouement et abnégation.
Sa santé s'était dégradée depuis le printemps dernier. Les
membres de sa famille et les amis lui rendaient visite régulièrement. Les bons
soins prodigués par le personnel de Chevilly ont contribué a le soutenir dans
sa maladie. Michel était un grand philatéliste, plein d'humour et d'entrain.
Il était généreux et donnait beaucoup d'amour pour les autres. Son grand
regret a été de ne pas pouvoir retourner en Afrique en Mission., il 'était
resté attaché a sa région natale, ou il aimait revenir en vacances, entouré
de sa famille.
Selon sa volonté, il a offert son corps a la faculté de médecine de Paris. A
l'issue de la cérémonie, célébrée en l'église de Sancey, des dons ont été
recueillis au profit des Missions du St Esprit.
Est-Républicain
5 octobre 200
9 Octobre 2007 : le Père Lucien DEISS : cliquez ici
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